Dans le jardin et autres réalités déviantes de Philip K. Dick

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Voici une nouvelle fois un recueil de nouvelles. Mais aujourd’hui nous parlons de Dans le jardin et autres réalités de Philip K. Dick.

J’ai déjà lu des nouvelles de cet auteur, notamment Rapport minoritaire et Souvenirs à vendre, toutes deux adaptées aux cinémas; Minority Report et Total Recall.

Le monde qu’elle voulait

Le monde qu’elle voulait est une nouvelle très courte, soit moins de 30 pages, 26 pour être précis. Dans ce texte, nous découvrons un homme, Larry, dont nous ne savons rien. Dès la deuxième page, il se fait aborder par Allison, dont nous ne savons rien non plus, qui lui dit que c’est exactement l’homme qu’elle attendait.

Elle lui explique ensuite que Larry n’est qu’un personnage semi réel de son monde dans lequel il n’a pour simple but que de la satisfaire; couple heureux, joli mariage, maison rêvée etc. Étonné, Larry décide de la suivre pour en apprendre un peu plus sur cette histoire de monde créé simplement pour Allison, dans lequel elle fait ce qu’elle veut.

Cette nouvelle fait beaucoup réfléchir sur la perception que nous avons de notre monde et sur son authenticité. Après tout, comment savoir que le monde dans lequel nous vivons n’est pas qu’une simple histoire parallèle dans laquelle une chose s’est passée différemment que dans un autre ? Et oui, si ça se trouve, dans une autre dimension, Hitler a gagné la guerre, Jules César ne s’est pas fait tuer par son fils Brutus ou Jean-Marie Le Pen a gagné une élection présidentielle.

À vous d’y réfléchir.


La machine à préserver

Comme vous le savez, les guerres font non seulement des victimes humaines, mais le patrimoine de l’humanité subit lui aussi des pertes; architecture, peinture et bien sûr musique. C’est pourquoi le Docteur Labyrinth cherche à construire une machine capable de représenter physiquement, par un animal totem en quelque sorte, une composition musicale.

Imaginez donc du Schubert, du Mozart ou encore du Chopin, capables de survivre par eux-mêmes à n’importe quelle catastrophe. Cependant, comme l’ont appris les frères Elric à leurs dépends en essayant de ressusciter leurs mères à l’aide de l’alchimie , il y a toujours un prix à payer.

Voilà une nouvelle de Philip K. Dick qui, une fois de plus, nous fait réfléchir. Un peu comme le Dr. Frankenstein, chacun doit assumer ses actes, dans les bons comme dans les mauvais côtés.


Des nuées de Martiens

Depuis quelques années, sans savoir pourquoi, des martiens tombent sur Terre, même si le nombre diminue d’année en année. Nous suivons ainsi pendant 2 jours la famille Barnes et, notamment, le petit Jimmy.

Malheureusement, voilà à mon avis une nouvelle qui n’est pas forcément très intéressante. Si je dis pas forcément, c’est que, comme toutes les nouvelles de Philip K. Dick, elle amène à réfléchir.

En effet, comment réagirions-nous si des extra-terrestres venaient sur Terre ? Même si apparemment ils ne nous font aucun mal, serions disposés à les accueillir pacifiquement ? Chercherions-nous à comprendre ce qui les amène ici et les aiderions-nous en cas de besoin ?

En un sens, je pense que nous pouvons retranscrire cette histoire dans la vie actuelle avec une seule phrase : Comment interagissons-nous avec des inconnus ?


Dans le jardin

Dans celle-ci, nous découvrons Robert et Peggy, sa femme, qui passe beaucoup de temps dans le jardin avec son cygne apprivoisé, Sir Francis. Lorsqu’un ami leur rend visite, il fait allusion au poème de Yeats, « Léda et le cygne« , auquel la scène lui fait penser. Depuis ce jour, ces paroles ne quittent plus Robert. Elles se sont installées en lui, petites graines qui germent au fur et à mesure des années.

Une nouvelle qui pour une fois ne fait pas réfléchir mais que l’on ressent plus comme un hommage, une réadaptation du mythe vu par l’auteur.


À vue d’oeil

Cependant, 5 pages suffisent pour exposer le thème désiré par Philip K. Dick : le fait que chaque personne possède sa propre perception des choses.

En effet, il est possible de tout voir selon sa propre perspective, et donc, d’interpréter les choses selon son propre prisme.

Donc attention, si quelque chose est bien ancré dans la tête de quelqu’un, il prendra tout comme un signe et verra donc les choses différemment d’une autre personne, en bien ou en mal.

Ce qui peut nous faire penser au fanatisme, aux sectes et même aux génocides. Et oui, après un lavage de cerveau et un rabâchage, certaines choses peuvent paraître nécessaire pour le bien de l’humanité.


Le problème des bulles

Le tunnel sous le Pacifique vient d’être terminé, l’Asie est donc enfin reliée à l’Amérique. Malheureusement, après avoir exploré les planètes de notre système solaire, l’Homme a découvert que seule la Terre était habitée et qu’aucune des autres planètes ne pouvaient l’être. Pour se consoler, l’Homme a donc inventé la bulle de monde Mondofab, pour être « le maître d’un Monde ».

L’Homme découvre ainsi une nouvelle manière de se divertir, devenir le Dieu de son propre monde, qu’il peut donc manipuler à sa guise pour en faire ce qu’il veut et le faire évoluer. Ce divertissement fait même naître des concours du plus beau Monde. Seul inconvénient, une fois le vainqueur élu, les participants fracassent tous leur bulle par terre.

Pour Nathan Hull, c’est donc un énorme problème morale, car les gens se prenant pour Dieu font ce qu’ils veulent des habitants de leur monde, sans se soucier de ce qu’ils peuvent ressentir.

Dans cette nouvelle, Philip K. Dick fait appel à la nature de l’Homme et à son besoin de dominer, de se sentir l’être le plus supérieur et sur son complexe de Dieu.

Que feriez-vous si vous aviez entre les mains un monde entier et que d’un claquement de doigts, vous pourriez tout annihiler ? En sachant que peu importe pour vous, vous pourriez en racheter un dans la minute ?

Et si en fait, les habitants de cette bulle, c’étaient nous ?


Projet : Terre

Quand Tommy se faufile dans l’appartement de M. Billings pour fouiller le livre qu’il écrit, il ne pense pas tomber sur toutes ces données sur la Terre. Il découvre alors sur la terrasse de petites bêtes roses.

M. Billings lui explique alors que c’est le troisième projet que sa race met en place, suite à l’échec du projet A et du projet B. En y regardant de plus près, Tommy découvre de minuscules petits être ressemblant à des Hommes mais avec des antennes, comme les fourmis.

Dans cette nouvelle, tout comme son confrère H.P. Lovecraft, Philip K. Dick sous-entend que la race humaine n’est pas arrivée de façon anodine sur Terre et qu’elle n’est surtout pas la première race intelligente. De quoi nous faire une fois de plus réfléchir à notre place dans l’univers et sur les autres formes de vies intelligentes.


L’inconnu du réverbère

Lorsque Ed Loyce se dirige vers son magasin de télévision, il remarque une chose bizarre accrochée au lampadaire. En y regardant le plus près, il se rend compte qu’il s’agit d’un cadavre. Comme si cela ne suffisait pas, il semblerait que personne n’y prête attention, comme si tout était normal.

Interpellé par la police, il s’aperçoit que quelque chose cloche vraiment dans sa ville et que les habitants ne sont pas normaux. Coûte que coûte, il va alors essayer de fuir et de prévenir les villages alentours.

Dans cette nouvelle, Philip K. Dick revisite l’invasion extra-terrestre sans pour autant apporter un grand renouveau, si ce n’est la place que tient cette inconnu du réverbère, réel mystère de la nouvelle.


Un cadeau pour Pat

Lorsque Eric ramène un Dieu de la planète Ganymède à sa femme, il pense avoir une fait une très bonne affaire, tout en se demandant toutefois si ce cadeau va plaire à Pat.

Cependant, il aurait dû savoir qu’un Dieu, si petit soit-il, renferme toujours d’énormes pouvoirs et un ego tout aussi énorme. Posséder un Dieu ne veut pas dire que celui-ci va vous obéir pour autant. Eric peut donc dire adieu à sa vie tranquille.

Voilà une nouvelle nous ouvrant les portes de la divinité et de ce que cela signifie pour Philip K. Dick, avec une approche intéressante de ce qu’est un Dieu, et surtout, de comment il devient un Dieu. Est-ce qu’un être encore supérieur le crée ? Est-ce qu’il se crée lui-même ? Pourquoi apparaît-il ?


Derrière la porte

Après le cadeau d’Eric à Pat dans la nouvelle précédente, c’est cette fois Doris qui reçoit un présent de son époux Larry; un coucou qui lui rappelle tant son enfance. Seulement, même si le coucou apprécie énormément cette dernière, il ne semble pas aimer Larry. Déçue également par le comportement de son mari, elle montre alors le beau coucou à son amant Bobby. Seulement, lorsque Larry rentre du travail et les voit tous les deux, il les expulse automatiquement de chez lui et décide de garder le coucou, qui n’en fait alors qu’à sa tête.

Je pense que comme moi, vous avez été nombreux, assis, à attendre de très longues minutes devant le coucou afin de voir le petit oiseau sortir. Et comme d’habitude, on trouvait qu’il ne sortait jamais quand on regardait. On se disait que c’était parce qu’il était timide. Ce qui ne nous empêchait pas de recommencer toutes les 15/30 minutes.

Dans cette nouvelle, Philip K. Dick fait ainsi appel à nos souvenirs d’enfance en reprenant le thème du coucou, oiseau vivant ou simplement pantin automatisé, revisité bien évidemment à la sauce Dickienne.


Un auteur éminent

Grâce à son travail à la Terrienne de Développement, Henry à la chance de posséder en avant première mondiale un Saut-de-puce utilisant la quatrième dimension pour parcourir des centaines de kilomètres en seulement quelques pas.

Cependant, lorsqu’il aperçoit des petits êtres en traversant le couloir du Saut-de-puce, il se pose des questions sur leur identité et sur le passage en lui-même. Car en effet, son poste dans l’entreprise n’est pas assez élevé pour qu’il connaisse toutes les subtilités du système. Son rôle est simplement de le tester et de reporter les éventuels problèmes liés à son utilisation.

Ainsi, à chaque passage, Henry aperçoit ces petits êtres ressemblant à des hommes et à des femmes de 5cm de hauteur. Puis un jour, sa vie bascule. Les petits bonshommes lui transmettent un papier.

Philip K. Dick traite dans cette nouvelle de la possibilité de se déplacer d’un point A à un point B en très peu de temps. Et donc, en quelque sorte, de la téléportation.

Dans de nombreuses séries ou films de SF, nous entendons parler de la 4ème dimension, comme point de « rupture » de l’espace temps, sans forcément réellement savoir ce que c’est et ce que ça implique de l’utiliser.

À travers cette nouvelle, nous visitons une hypothèse de ce que peut être cette 4ème dimension et ainsi nous faire une idée de ce qu’elle est.


Des pommes ridées

Dernière nouvelle du recueil Dans le jardin et autres réalités déviantes. Et oui c’est triste, une histoire s’achève. Un périple de 12 nouvelles. Parfois très courtes, parfois plus longues, parfois appréciées, parfois un peu moins. Mais en règle générale, votre cerveau se met toujours en action après une nouvelle de Philip K. Dick. C’est une règle qui a bien sûr ses rares exceptions. Et malheureusement, cette dernière nouvelle en fait partie. Nous allons voir pourquoi.

Lori se sent irrémédiablement attirée vers le vieux pommier, dernier vestige vivant de la ferme Rickley. Après un dialogue entre la femme et l’arbre qui se solde par un échec pour ce dernier, Lori retourne alors chez elle rejoindre son mari et son beau-père. Soudain, une pomme ridée qui était tombée du vieil arbre lui cogne le pied. L’estomac vide, elle décide de la manger, malgré son apparence. Bonne ou mauvaise idée ?

En y repensant, ce passage fait légèrement penser au conte de Blanche Neige. Cependant, cette nouvelle n’aborde pas les mêmes thèmes. Oubliez le bien et le mal. Penser plutôt à, comment dire… la survie d’une espèce. Je ne sais pas trop.

La nouvelle n’est pas mauvaise, non. Elle n’est pas non plus simpliste. Disons que je ne sais pas trop comment en parler et quoi en penser. Elle est intéressante mais moins profonde que certaines et laissant moins à réfléchir. On croirait presque qu’elle est terminée, au lieu de nous faire réfléchir et travailler sur ces quelques pages. Du coup, j’étais un peu déçu de la fin du recueil.

Cependant, l’ordre n’est pas choisi au hasard dans un recueil de nouvelles. Cette nouvelle avait-elle donc pour objectif de semer une graine en nous ? Sûrement. Mais laquelle, à vous de le trouver.

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