Sudisteries

Plus d’un mois que je suis revenu de vacances et je ne pense déjà qu’à partir. Pauvre de moi.

Car comme vous le savez peut-être/surement/pas (rayez la mention inutile), j’étais cet été en vacances, pour deux semaines, dans le sud de la France, pour la deuxième année consécutive.

Je suis devenu de ce fait, en quelque sorte, un touriste local. Je me fondais dans la masse, espadrilles aux pieds, short de plage et chapeau en paille sur la tête. Je précise, le short de plage, lui, n’était pas sur ma tête.

J’empruntais comme un as les transports en commun. La ligne 1, jaune, n’avait plus aucun secret pour moi. A tel point que je m’accordais même, parfois, le luxe de ne pas me placer dans le sens de la marche. Eh oui, pas besoin d’anticiper à l’avance les arrêts, je les connaissais sur le bout des doigts (j’avais le plan sur mon portable, pas con le type !). J’étais un aficionado. Les chauffeurs me saluaient, me gratifiaient d’un bonjour, et ça m’allait très bien. Je ne recherchais ni la reconnaissance ni la célébrité.

Je ne faisais plus qu’un avec le sud de la France et le sud de la France ne faisait plus qu’un avec moi. Les us et coutumes n’avaient plus de secrets pour moi.

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J’avais compris qu’en voiture, il était bien vu, et même presque indispensable, d’insulter et de klaxonner ses pairs. C’était un signe de reconnaissance entre nous, d’appartenance à la même bande, qui nous liait plus encore que Vin Diesel et Paul Walker.

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J’avais appris à facilement reconnaître les touristes, qui se déplaçaient en masse, rouge comme du rouge bien rouge, qui gueulaient sur Bryan et Dorothy qui bouffaient du sable alors qu’eux aspiraient seulement à fumer paisiblement sur la plage et à enterrer leurs trésors. Comme un chien qui marquerait son territoire en fait. Et puis faut avouer que comme ça, quand on regarde sous l’eau, ça

 change des coquillages. Vous n’en avez pas marre vous, de ne trouver toujours que des coquillages dans la mer ? Franchement, ça devient banal et sans aucune surprise ! Alors qu’un petit sachet de bonbons à côté d’un bouchon en liège et de divers trucs en caoutchouc, c’est tout de suite plus fun ! On ne sait jamais sur quoi on va tomber ! C’est grisant !

Quand j’étais petit, avec ma famille, on mettait toujours du sable de la plage où on était dans des petites bouteilles en verre de Ricqles; sable fin, sable grossier, sable grisonnant, sable riche en coquillages, sable riche en petits cailloux, etc. Nous avions une belle collection ! Mais finalement, en y repensant, c’était tristounet. Après tout, ce n’était que du sable. N’aurait-ce pas été génial d’avoir un peu plus que du sable ? Imaginez une petite bouteille de Ricqles avec un mégot, un sachet de bonbon, du liège et toutes mes nouvelles trouvailles ! En effet, il eu été possible que tout ne rentre pas dans cette petite bouteille. Mais j’ai envie de dire, si ça rentre dans la bouche d’une mouette et dans celle d’un poisson, ça rentre dans la bouteille de Ricqles voyons ! Soyez optimistes !

Mais il s’est avéré que je n’avais sur moi qu’une bouteille de rosé (la mode locale) et une bouteille de Grim (la tristesse de la bière là-bas). Donc pas de quoi mettre mes trouvailles à l’abri.

Du coup, afin d’éviter toute déconfiture, j’évitais au maximum les touristes : plage le matin à 10h avant le bain de foule et plage le soir à partir de 18h, pour les mêmes raisons. Rappelons-le, je n’étais pas un touriste comme les autres. Ni vraiment local, ni vraiment touriste, j’étais un hybride : le touriste local, comme ces gens qui vont depuis 20 ans dans le même camping, mais pour moi en dix fois moins.

Je perdais peu à peu mes habitudes d’atlantiquien avec mes plages de 10 000 km de long et mes marées. Ici, dans le sud, plus t’es près de la mer, mieux tu te portes ! J’ai mis du temps à comprendre au début. Puis m’est parvenu une légende urbaine. Celle de la course au sac. Pas au sac à patate non, au sac tout court. Il parait que pour jouer, parfois, certains s’amusaient à prendre un sac au hasard sur la plage et à courir avec. Bien entendu, chaque personne attendait du/de la propriétaire du sac une course poursuite. Et donc, par politesse, le/la propriétaire du sac était donc obligé/e de courir après, dans une sorte de trap-trap (chat, pour les nordistes, loup, pour les ouestistes) endiablé. Je n’ai pas eu la chance d’assister à cette tradition, peut-être se perd-elle, ça arrive, mais je n’oserais pas remettre en cause les légendes locales à son sujet.

Il y a également une légende mondiale, que le monde entier connaît (ça parait logique), très fortement représentée dans le sud de la France. Et cela va de soi vu la proximité des locaux et de la mer.

J’ai eu la chance d’entrer dans la confidence, grâce à trois locaux, m’ayant emmené dans un endroit tenu tout sauf secret, un temple du consumérisme, mais également un temple sacré pour ce culte, si vous savez où regarder. On y trouvait là-bas bon nombre d’articles pour fausser la vue des touristes. Mais souvenez vous, je n’étais pas un touriste comme les autres. Et grâce à mon hybridité, je pouvais distinguer ce qu’eux ne voyaient pas : le culte d’Ariel ! Non, pas Ariel la lessive, Ariel la sirène ! Oui, comme dans Disney ! Même si nous savons de sources sûres que ce bon vieux Walt n’avait rien inventé, puisque Ulysse en avait déjà croisées lorsqu’il était en régate.

Mais dans le sud, le culte d’Ariel revêt une toute autre forme. Si dans le film de Walty, elle rêve de devenir humaine, les sudistes, quant à eux, n’ont qu’une envie, célébrer, comme il se doit, ces femmes poissons.

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Alors, quand vient la période de l’été, ces différents temples regorgent de produits leur rappelant que, comme le raconte la légende, un jour, nous serons tous ensevelis par les eaux. Et les plus méritants, les plus fervents, seront récompensés et rejoindront les poissons. Quant aux autres, ils seront noyés et rejoindront les poissons. Mais différemment.

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Cette entrée a été publiée le 11 octobre 2017 à 12:50. Elle est classée dans Billets du vide et taguée , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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