Des lignes courbes désirées

J’arrive et il y a déjà beaucoup de monde. Je cherche à me faufiler à travers cette zone de corps tendue. Je préfère lorsqu’il y a moins de monde, je me sens plus libre de mes mouvements et donc plus sûr de moi et plus à l’aise. Ce n’est pas donné à tout le monde d’entrer dans le sacro-saint. C’est pourquoi certains n’hésitent pas à me passer devant. Mais je reste calme, je sais que mon tour viendra. Et ô joie, mon tour est venu. Je ne suis pas déçu par cette zone de non droit.

La promiscuité est forte, les mains se caressent et les corps se frôlent et se pressent. Les regards se croisent. Certains les tiennent et d’autres les fuient, trop timides pour regarder dans les yeux pendant un tel moment. Si certains sont plein de gêne et timides, d’autres sont à leurs aises, habitués à ce genre de relation.

Parfois le temps est venu pour certains de partir. Heureusement, ils sont tout de suite remplacés et souvent par plus nombreux. Et ici, il n’y aucune ségrégation; jeunes, moins jeunes, beaux, moins beaux, hommes, femmes, blancs, noirs, tout le monde souhaitant participer peut participer. C’est cependant beaucoup plus compliqué pour les enfants, ce qui est somme toute normale.

Et au fur et à mesure que le temps passe, les corps s’échauffent. La sueur commence à perler sur le front de certains. Les gouttes roulent dans le dos des plus sensibles. Les mains moites glissent et se raccrochent comme si elles s’accrochaient à leur vie.

Les gens parlent peu ou pas du tout, personne ne souhaite casser un tel moment. Il arrive cependant parfois que certains laissent échapper un petit cri, trop difficile à retenir. Les regards se tournent alors vers eux, emplies d’un on ne sait quoi.

Les corps ne font plus qu’un. Lorsque l’un d’entre nous avance ou recule, le reste suit ces mouvements,  mû par ce qu’Emile Durkheim appelle la conscience collective. Je me substitue alors à cette conscience, le groupe prend le pas sur moi, sur l’individu.

Arrivé à mes fins, il est venu pour moi de partir. Je dois alors m’extirper, me regrouper et reprendre le pas sur le groupe. Mais certains ne souhaitent pas me voir partir et me retiennent, sûrement trop apeurés de perdre leur place dans le sacro-saint. Je m’excuse de sortir, je n’ai pas le choix.

Et je me retrouve alors seul, dans le froid, le vent.

C’est donc ça ce que l’on ressent ?

Un lundi à Paris, ligne 9, 9h du matin.

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Cette entrée a été publiée le 10 juin 2013 à 13:08. Elle est classée dans Billets du vide et taguée , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

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